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mercredi 11 janvier 2006

La Biographie de Joe Dassin

https://en.wikipedia.org/wiki/Joe_Dassin#/media/File:Dasin_family_1970.jpg

"...Un homme de toutes les qualités..."
Pierre Delanoë

"Je suis perpétuellement étonné face au succès" - disait Joe Dassin. Pourtant, il n'y a rien de moins étonnant que son succès. Le succès auprès du public de tous les âges, de toutes les nationalités, le succès immense et interminable - bien que la vie de Joe Dassin soit terminée le 20 août 1980.  En traversant le temps qui passe et la mode qui change, il reste encore et toujours le symbole éternel du talent, de la classe et de la perfection.

Joseph Ira (c'est son vrai prénom, bien que tout le monde ne l'appellait que Joe) naît le 5 novembre 1938 à New York. Il est le premier enfant de Jules Dassin, futur réalisateur hollywoodien (il fait ses débuts comme assistant de Hitchcock, pour devenir, pendant les années 40, un des plus grands réalisateurs du film " noir "), et de Béatrice Launer, violoniste surdouée. Il aura bientôt 2 soeurs : Richelle, surnommée Ricky, naît en 1940, et Julie, "la petite", en 1944. La famille habite déjà à Los Angeles, et Jules Dassin travaille pour le fameux studio MGM. Joe n'a que 4 ans quand son père l'emmène pour la première fois au studio et met derrière la caméra. Impressionné et très fier, Joe gardera pour toujours une forte passion pour le cinéma. Mais il est aussi passionné de la musique et très doué - à l'âge de 2 ans, déjà, il chantait parfaitement des chansons de Noël.

A 5 ans, Joe fait son entrée à l'école du quartier. Bagarreur indiscipliné, il est pourtant si intelligent, brillant, plein d'humour et possède tant de charme qu'on lui pardonne tout. Son institutrice l'adore tellement qu'elle vient même chez les Dassin prendre des nouvelles de Joe quand il est malade.

L'enfance américaine de Joe se termine brusquement en 1950. C'est l'époque du maccarthysme, de la tristement célèbre "chasse aux sorcières". Jules Dassin, dont les parents étaient juifs russes, est mis sur la liste noire - comme tous les originaires d'Europe de l'Est, d'ailleurs. Ou presque tous... N'ayant plus le droit de travailler, Jules Dassin est obligé de quitter les États-Unis avec sa famille. Joe a 12 ans. Les Dassin s'installent, d'abord, à Londres, puis, en Italie... Jules tourne un nouveau film, Béatrice est en tournée avec l'orchestre de Pablo Casals, les enfants sont mis en pensions : Joe, lui, au Collège de Rosey, en Suisse, les filles sont dans un autre collège. En Suisse, Joe commence à apprendre le français. Au début de l'année, il n'en comprend pas un mot, mais il se débrouille assez vite et, au bout de 6 mois, il est déjà le premier de la classe.


L'année suivante, Joe suit sa famille en Italie, puis, en France (à Savigny-sur-Orge), finalement il retourne en Suisse, à l'École Internationale de Genève. A 16 ans, il passe son bac à Grenoble avec mention "Bien".

Son père, entre-temps, regagne sa position de réalisateur du succès, grâce à son nouveau film "Du rififi chez les hommes" qui est très réussi. Avec "Rififi", Jules Dassin triomphe à Cannes en 1955. Pendant le festival, il rencontre une actrice grecque qui deviendra sa muse et, dans 11 ans, sa femme. La superbe blonde à la voix rauque, au tempérament de feu, extraordinaire et talentueuse, s'appelle Mélina Mercouri. "Avec Jules, nous étions devenus presque comme frère et soeur, - racontera Béatrice Launer-Dassin beaucoup plus tard. - J'ai entretenu avec lui et Mélina des rapports amicaux. Et mes enfants ont toujours considéré Melina comme un membre de la famille."

Entre la belle hongroise (Béatrice) et la belle grecque (Mélina) Jules Dassin choisit la dernière. Le réalisateur quitte sa famille pour la nouvelle amie (le divorce à l'amiable avec Béatrice ne sera prononcé que beaucoup plus tard). Profondement affecté par la séparation de ses parents, Joe décide de retourner aux États-Unis, pour s'éloigner des problèmes familiaux, et pour poursuivre ses études. "Je ne suis pas mon père, - dit-il, - on ne m'a pas mis sur aucune liste noire. Je vais rentrer chez moi..."

Joe s'inscrit à l'Université d'Ann Arbor, Michigan, commence des études de médecine, mais se tourne vers l'ethnologie après quelques semaines - il est incapable de disséquer des cadavres ni des grenouilles vivantes, il ne peut pas et ne veut pas continuer... de plus, l'ethnologie correspond mieux à ses aspirations intellectuelles. Fasciné par la philosophie et les traditions des indiens hopi, il passe 6 mois dans leur réserve. Il devient même le fils adoptif du chef de tribu.

Etudiant brillant, le jeune Dassin est quand même obligé de travailler, il fait mille boulots, plombier, éboueur, chauffeur, garçon au café, testeur psychologique... et comédien. En 1956, son père, qui tourne en Grèce "Celui qui doit mourir" par la nouvelle de Kazantzakis, l'invite à jouer un petit rôle. Il semble que Joe est fait pour le cinéma, il est bien timide mais évidemment doué, naturel, il joue bien, sa beauté fait craquer toutes les femmes sur le plateau. Pendant le tournage du film, il fait enfin la connaissance de Mélina... Jules craint le pire, mais Joe et Melina se découvrent et s'adorent. Mélina, qui n'a pas d'enfant, adoptera Joe et ses soeurs comme les siens. Avec Joe, ce sera une profonde amitié, renforcée par une tendresse.


Il y a déjà une autre passion dans la vie de Joe : la musique. Avec son copain français, Alain Giraud, il chante, en s'accompagnant à la guitare, des chansons folkloriques américaines, mais aussi les chansons de Georges Brassens. "Ça c'est du folklore français", disent-ils à leurs auditeurs. Joe est un admirateur fervent de Brassens, il le restera pour toujours, en 1975 il rendra un hommage à son idole en chantant son "Orage" dans une émission télé.

Après "Celui qui doit mourir", Joe tourne dans un autre film de son papa, "La Loi", toujours aux côtés de Mélina Mercouri, mais aussi Gina Lollobrigida, Marcello Mastroianni et Yves Montand. Malgré cette panoplie de superstars, le film n'est pas réussi, selon le réalisateur lui-même. Joe poursuit ses études, il reste à l'université jusqu'à l'année 1963 où il obtient son diplôme. Mais, malgré son intêrét pour l'ethnologie, il ne veut plus devenir professeur à l'université, il est toujours attiré par le cinéma, il écrit (une de ses nouvelles a même gagné un prix important !) - et la France lui manque énormément. Joe ne se sent pas vraiment américain - contrairement à son père, il est français au coeur. Il revient en Europe, sans trop savoir que va-t-il faire - et, tout de suite, il trouve un boulot : Jules Dassin l'invite au tournage de "Topkapi", son nouveau chef-d'oeuvre. Assistant de son père, Joe joue également Josef, gitan receleur extrêmement sympathique.

Comme à l'université, Joe chante toujours. En s'accompagnant à la guitare. Pour ses amis. Il n'a pas d'idée de devenir chanteur...

Le 13 décembre 1963, à la soirée costumée organisée par Eddie Barclay et ayant pour prétexte la sortie française du film "Un monde fou, fou, fou", Joe rencontre une jeune femme déguisée en Jeanne d'Arc. Elle attire tout de suite son attention, et il commence à chercher quelqu'un qui pourrait le présenter a cette belle inconnue ; il ne sait pas encore qu'elle fait le même. Finalement il trouve une amie commune : "Maryse, je te présente Joe Dassin !" La jeune femme s'appelle donc Maryse Massiera. Joe vient de rencontrer celle qui sera la femme de sa vie. Qui, de l'ombre où elle a voulu rester, entrera dans l'histoire de la chanson française comme "La Grande Madame Dassin".

Apres quelques jours passés avec Joe, Maryse est complètement séduite par lui, mais aussi par sa voix - il lui chante des chansons country américaines, dont "Freight Train" qui est sa préférée. Elle l'aime tellement qu'elle veut même avoir cette chanson en disque - un disque qu'elle pourra écouter, enregistré au seul exemplaire. Ce n'est pas impossible - la meilleure amie de Maryse, Catherine Regnier, est secrétaire chez CBS France. Maryse demande à Catherine de lui faire un disque d'après une bande magnétique. Catherine est d'accord. Mais chez CBS la bande ne passe pas inapreçue. La voix de Joe attire l'attention de tout le staff de la maison de disques. Quand Catherine annonce à Joe et Maryse que CBS veut signer un contrat avec le jeune chanteur, le couple n'est pas ravi. Joe ne veut pas devenir chanteur, Maryse ne veut pas devenir une amie du chanteur. Mais Catherine insiste et, 2 mois après, Joe finit par accepter. Il fera ce disque - juste pour voir. L'enregistrement passe plutôt mal, le résultat n'est pas satisfaisant du tout - le disque ne plaît pas à Joe lui-même, et, le pire, il ne se vend presque pas. Bien qu'on puisse l'entendre à la radio (Monique Le Marcis de RTL et Lucien Leibovitz d'Europe 1 le programment plus ou moins régulièrement), ça n'aide pas la situation. Pourtant, Joe, vexé par cet échec, ne veut pas s'arrêter. Lui, qui ne voulait pas devenir chanteur, décide de faire le deuxième disque. Il le fait. Au résultat : bidon complet. Ca ne va pas. Joe peut avoir du talent, de la voix, il peut avoir un physique séduisant et une certaine expérience dans le show-biz, mais il ne peut pas aller plus loin car il ne sait rien du metier qu'il fait. Jacques Souplet - le nouveau directeur de CBS France - le comprend mieux que tout le monde. Mais il sent bien en Joe un grain de star et ne veut pas perdre celui qui peut devenir la première vedette de sa maison de disques. Il est évident pour Souplet que Joe a besoin d'un bon producteur. Souplet commence à chercher - et assez vite il trouve celui qui convient parfaitement. Jacques Plait connaît bien l'Amérique et les Américains, il adore le jazz, il a de l'expérience, il connaît le monde de la chanson...

Entre-temps, le troisième disque de Joe voit le jour. Le troisième disque - et le premier tube : "Bip-Bip". L'autre succès du meme disque, "Guantanamera", est partagé avec Nana Mouskouri. Le 31 décembre 1965 est le début de la collaboration Dassin - Plait. On ne connaît pas d'alliance plus réussie, et ce sera pas seulement une belle collaboration. Plait sera baptisé "Jacquot", et ils seront les meilleurs amis du monde... Le 18 janvier 1966 : Joe épouse Maryse. La cérémonie presque secrète, le marié dans son plus vieux costume, le témoin (parolier Jean-Michel Rivat) qui arrive avec un cabas d'où sort une baguette... et la mariée superbe et folle de joie ! Le mariage est fêté dans un restaurant russe, Joe, qui avait peur de se marier, boit un peu trop... Mais il ne lui faut que peu de temps pour s'y habituer et devenir le mari le plus adorable du monde.

Plait cherche un bon arrangeur. Johnny Arthey, un Anglais, répond tout de suite. Souplet, qui croit sincérement en Joe, permet d'enregistrer le nouveau disque à Londres (ce qui est très généreux de lui, d'ailleurs !). Il faut maintenant chercher des titres... Un jour, Joe arrive, un peu nerveux, et dit à Plait (agressivement) : "J'ai trouvé une chanson, je veux l'enregistrer". - "Ah bon, laquelle ?" Joe montre à son nouveau directeur artistique le disque : "Ça m'avance à quoi ?". Plait sourit et sort de son bureau le même disque... Ils se mettent à rire tous les deux. La chanson, où la belle voix ample de Joe résonne merveilleusement, est diffusée à toutes les radios. Joe commence à s'imposer comme personnage, mais il ne veut pas faire les couvertures de la presse à scandale - il voudrait devenir connu grâce à son talent et ses chansons. Difficile... mais pas impossible du tout. Pour lui, en tout cas.

Si ce sont Jean-Michel Rivat et Franck Thomas qui écrivent les textes des chansons de Joe, il y a aussi un jeune inconnu que Joe rencontre en 1966 ; le jeune homme s'appelle Claude Lemesle, il est poète, guitariste et chanteur. Il n'a que 21 ans ; ses textes sont pourtant merveilleux, très matures et bien faits. Immédiatement conquis par le talent de Claude, Joe l'invite à travailler ensemble. Claude a encore pas mal de leçons à prendre, mais tout le monde - dont Jacques Plait qui ne se trompe jamais ! - est sûr que ce mec ira loin. Claude Lemesle ira très loin...

4 disques, dont 2 plus ou moins réussis ; il est temps que Joe fasse un album. L'équipe Dassin - Plait est en pleine préparation quand les musiciens français se mettent en grève. Ce n'est pas une catastrophe, pourquoi pas enregistrer l'album à Londres - mais les musiciens anglais rejoignent leurs collègues en France. Il ne reste donc qu'enregistrer le disque à New-York. Souplet - incroyable - dit "allez-y !". Incroyable, parce que Joe, malgré ses 2 succès, n'est encore qu'une demi-vedette - Souplet, avisé, est sûr que c'est pas pour longtemps, que c'est une grande vedette qui naît devant ses yeux. Il a bien raison... Fin octobre 1966, Joe, Jacques et leurs femmes (Maryse et Colette) prennent l'avion pour New-York. Joe est un peu nerveux, pas sûr de lui (comme presque toujours d'ailleurs...), mais finalement l'enregistrement passe très bien. Entre les séances au studio, Joe fait sa femme et ses amis decouvrir sa ville natale. Il y a autant de beaux moments que de drôleries (comme deux cocktails meurtris avalés par Jacquot juste avant le retour à Paris !).

De ce voyage vient aussi une belle série de photos de Joe, dont une, la meilleure, fait la couverture de l'album "À New York" qui sort le 18 novembre chez CBS, avec plein de titres formidables : "Excuse me lady", "Joli minou", "Je change un peu de vent" (adaptation française de "Freight train", la chanson préférée de Maryse !) et la merveilleuse "Dans la brume du matin". L'album a du succès mérité, Joe s'impose peu à peu - rien n'arrive trop vite, parce que ce jeune et bel Américain au talent énorme est trop pudique et ne se sert pas de trucs que tout le monde accepte facilement pour se faire célèbre. Il fait ses chansons, plus belles de jour en jour, il travaille sur sa voix... c'est tout. Comme au début, il évite toute la publicité indiscrète.

Il sait déjà que veut-il faire dans la musique - il commence à cumuler les standards de qualité repris de son idole Georges Brassens et ce côté "chanteur populaire" qui est le plus évident chez lui et qui empêche parfois de voir à quel point ses chansons sont bonnes. Influencé par les grands chanteurs de country, de blues, mais aussi par les plus grands chansonniers, Dassin n'a pas encore défini sa voie, il doit trouver son style à lui, un style où il y aura une place pour tout ce qu'il aime tant et qu'il veut adopter.

En janvier 1967, Andre Salvet et Bernard Chevry créent MIDEM. Ce sera une place de rencontre de tous les professionnels de l'industrie de disque, mais en 1967 personne ne le sait encore. Plait décide d'y aller, pour faire un peu de promo à Joe. Il en a bien raison - Joe, qui présente le Gala des Trophées, séduit tout le monde. A ce MIDEM, également, le premier super-tube de Joe - "Les Dalton" - voit le jour. La chanson provoque, tout d'abord, une belle zizanie entre Joe et Jacquot - Joe n'a pas envie de chanter "ça", il a destiné cette chanson à Henri Salvador, Jacquot, lui, sent deja un tube et insiste que Joe chante "ça" lui-même. Joe succombe, enregistre " Les Dalton" - où Jacquot fait la voix du sheriff - et cette fois le succès dépasse tout ce qu'ils ont fait avant. Désormais, Joe Dassin est une véritable vedette. La consécration : l'histoire des frères Dalton est beaucoup appréciée par l'idole de Joe, Georges Brassens.


Mars 1967, Joe est pour la première fois en tournée, en vedette américaine d'Adamo. Mort de trac - sa première expérience scènique ne fut pas réussie - Joe est pourtant très bien accueilli par le public d'Adamo, ce dernier a même du mal de chanter après lui, la salle ne voit plus que Dassin... mais aucun problème, l'ambiance est très chaleureuse, et les deux chanteurs s'en souviendront avec beaucoup de nostalgie. Chemise rouge, pantalon noir moulant, grosse ceinture, le cowboy de charme n'a plus de trac, la scène, désormais, n'a pas de secret pour lui, il commence à adorer les galas, et le public l'adore déjà. Les médias, eux, découvrent, avec surprise, un personnage pas comme les autres, un brillant rarissime - ce séducteur intellectuel, cultivé, doté d'un grand sens de l'humour, connaît bien la musique, et pas seulement la musique, les interviews qu'il donne sont fascinants, et les (très très) nombreuses admiratrices du jeune chanteur decouvrent un nouveau monde dont elles ne savaient rien avant.

La série de tubes commencée par "Les Dalton" continue en 1968 avec "Siffler sur la colline" - avec cette chanson Joe est, enfin, le premier dans les hit-parades, et il le restera pour longtemps, - et, fin de l'année, "Ma bonne étoile". En même temps, Joe commence une carrière internationale, il chante au Canada - qui tombe tout de suite sous son charme - et en Italie, où il fait la connaissance de celle qui sera sa grande amie et une de ses interprètes préférées : Gigliola Cinquetti. La jeune italienne possède une voix puissante et originale et sait bien choisir son répertoire. Avec Claude Lemesle, Joe écrira pour elle beaucoup de belles chansons qui marcheront très bien aux pays francophones. En Italie, Joe rencontre aussi Sylvie Vartan et son secrétaire, un drôle barbu fort sympathique, nommé Yvan-Chrysostome Dolto... ou Carlos.

L'année 1969 commence très bien... mais le 1 avril, Joe s'écroule. On soupçonne un infarctus, mais c'est une péricardite virale. Affolé, Joe est presque sûr que sa vie est finie, qu'il ne saura plus ni faire du sport, ni chanter... heureusement que son ange-gardien, Maryse, est là pour le consoler et le soutenir. Elle reste près de lui pendant une mois, bien que son Joe adoré ne soit pas un malade facile.

A peine remis, Joe reprend le travail. Il est invité à une serie d'Émissions "Salves d'Or". Elles sont animées par Henri Salvador, et Jacqueline, son épouse, est productrice. Jacqueline, fascinée par Joe, veut absolument l'avoir dans toutes ses émissions. "Henri est Jerry Lewis, Joe sera Dean Martin", affirme-t-elle, et elle a mille fois raison. Le duo Salvador-Dassin n'est pas moins parfait que celui de Lewis et Martin. Salvador, un des plus grands artistes français, et Joe, qui, en plus de ses talents musicaux et son image de beau gosse charmeur et malicieux, possède une bonne expérience au cinema et un certain don de comédien, s'entendent très bien, s'amusent beaucoup sur le plateau et leurs émissions font un malheur. Un jour, pour tourner dans le décor qui évoque Mississippi, Joe s'habille tout de blanc. Cette tenue lui va si bien que tout le monde - et surtout Jacqueline Salvador, complètement séduite, - le convaincre de la garder pour la scène. Le chevalier blanc - l'image que Joe retrouve pour garder à jamais. Pour l'éternité...

L'année 1969 est également marquée par la rupture avec Jean-Michel Rivat et Franck Thomas. Mécontents de l'arrivée du grandissime Pierre Delanoë qui fait son entrée dans l'équipe de Dassin, les deux auteurs mettent la fin à toutes les rélations avec Joe. Ils ne lui disent même plus bonjour. Delanoë, lui, est arrivé pour rester et faire avec Dassin et Lemesle une des plus belles collaborations dans l'histoire de la chanson. C'est aussi une grande amitie qui vient de naître - Joe ne travaille qu'avec les gens qu'il apprécie vraiment.

"Il était un personnage difficile à travailler, - dira, 30 ans plus tard, son attaché de presse, Robert Toutan, - il n'acceptait pas tout, il fallait le persuader...". Pas seulement Joe n'accepte pas tout, mais il fait ses auteurs réécrire les textes mille fois, les refaire mot a mot, le résultat doit être parfait... Les auteurs n'en peuvent plus, ils râlent... mais qui pourrait en vouloir à Joe plus de quelques heures ? Comme avant, comme toujours, on lui pardonne tout. Il est emmerdeur comme on ne fait pas beaucoup, mais adorable comme tout - et c'est pour ça que Delanoë et Lemesle l'ont surnommé " atta-chiant ".

"Être aussi doué, c'est presque de l'insolence", - dit Delanoë. Et oui, Joe a toujours raison... même quand il torture ses paroliers.

La chaîne des succès de Joe ne finit pas. En 1969, il est définitivement le chanteur numéro un : il est le plus populaire, ses galas les plus visités, ses disques les plus vendus... Joe a remis l'idolâtrie à la mode - sans aucun doute, mais également la grande classe, l'élégance et le goût. Il est toujours "un garçon pas comme les autres" - trop intelligent, trop discret et même trop perfectionniste. Et peut-être trop talentueux - il fait des jaloux, on parle de ses ventes truquées, de sa grosse tête (personne ne peut comprendre son dégoût pour la publicité indiscrète, tout à fait normale pour le milieu du show-biz), on l'accuse de se servir de son physique pour faire une carrière... Joe, lui, préfère ne pas remarquer tout ça, mais, prudent, il garde toujours en secret sa vie privée et choisit très attentivement ses amis. Il n'en a que peu, dans le métier en tout cas. Carlos (un des plus proches), Gigliola Cinquetti, Boby Lapointe - ce dernier présente Joe à Georges Brassens ; Joe en est aux anges, Brassens lui témoigne encore une fois son amitié et son admiration - il apprécie beaucoup le talent et le perfectionnisme de Joe.

"Le petit pain au chocolat", "Le chemin de papa", "Les Champs-Élysées" - en 1969, chaque chanson de Joe fait un tube. En automne, Bruno Coquatrix lui propose de chanter en vedette à l'Olympia. Il faut dire que Joe aurait pu le faire bien avant - mais en vedette américaine, ce qu'il ne voulait pas... Il en avait raison. Le 22 octobre 1969 il chante dans la salle légendaire, et le public est en délire. On n'a vu rien de pareil depuis Hallyday - mais Dassin, avec sa tendresse, son humour et son élégance décontractée, est beaucoup plus mélodieux, fin et charmeur que Johnny. Son perfectionnisme et sa voix inimitable, aussi belle en live qu'au studio, font le reste, son tour à l'Olympia est le gala le plus parfait de l'année. Personne, ni avant Dassin, ni après lui, n'a jamais fait rien de pareil, personne n'avait tel pouvoir de séduction sur le public aussi vaste et varié.

Béatrice Launer, maman de Joe, et Mélina Mercouri, sa belle-mère, se sont jetées dans ses bras après le concert. Il a pas seulement conquis tout le monde, mais aussi réunit sa propre famille, déchirée depuis longtemps.

Pris par la spirale de succès, Joe reste fidèle à ses idées : faire des chansons simples mais intelligentes et bien écrites, travailler sur chaque mot et chaque note ("Quand on n'a pas de talent, il faut travailler ", dit-il à Claude Lemesle, mais le talent, il en a énormément !), enregistrer des dizaines de doubles de chaque chanson... Il accumule les disques d'or, reçoit le Grand Prix de l'Académie Charles Cros pour son album "Les Champs-Élysées", il est adulé et aimé à la folie, mais il garde la tête froide.

Il continue de faire des superbes adaptations des chansons anglo-saxonnes, ainsi qu'enregistrer ses propres créations. Jamais sûr de lui, jamais content, il ne croit pas en son talent de compositeur, et chaque fois ses amis et collaborateurs le persuadent que ce qu'il fait est bon. Maryse écoute chaque chanson choisie par lui et lui dit son avis - elle et Jacques Plait sont les seules personnes qui ont une certaine influence sur Joe. Avec Jacques, ce sont les discussions interminables au sujet de nouvelles chansons : souvent, Joe rejête les morceaux que Jacques, avec son merveilleux "sens de tube", apprécie, alors il fait Joe les enregistrer (encore et toujours, l'histoire des frères Dalton - c'est toujours comme ça avec Joe...).

Au début des années 70, Joe est toujours numéro 1. "L'Amérique", "C'est la vie Lily", "Billy le Bordelais", puis "La fleur aux dents" et "L'équipe à Jojo", deux chansons fort jolies signées Claude Lemesle - aucun chanteur ne fait tant de succès, mais le public fidèle de Joe apprécie aussi ses créations moins connues mais les unes plus belles que les autres. Joe écrit des chansons pour ses amis (Gigliola Cinquetti, Carlos, Mélina Mercouri sa belle-maman) et s'enregistre à l'étranger, surtout en Allemagne ou il a un succès énorme, surtout chez le public féminin. Il est vraiment le seul chanteur de variété française dont la carrière internationale n'est pas moins réussie que celle aux pays francophones. Il fait également des nombreuses émissions tele, dont, en 1971, "Discorama" - sa prestation est fabuleuse, et même Denise Glaser, l'animatrice, ne peut pas lui résister. Henri Salvador participe souvent aux émissions de Joe - leur duo "Lewis-Martin" à la française plaît toujours aussi bien au public.

Les albums des annees 72-73 sont accueillis plus calmement. Malgré quelques tubes qui font vibrer toute l'Europe - "Taka takata", "Le moustique" (reprise de la chanson des Doors) et surtout "Salut les amoureux" qui entre dans la légende, Joe, pour la première fois, est beaucoup moins passionné de sa carrière. Il ne pense qu'à sa famille : Maryse est enceinte. Ce bébé tres attendu les remplit du bonheur. Joe veut absolument rester près de sa femme, mais Maryse insiste qu'il aille se reposer à Tahiti. Ils ont découvert ce coin de paradis en 1972 et en sont tombés amoureux. Le couple décide également de quitter leur appartement parisien et s'installer à la campagne, à Feucherolles. C'est tout près du champ de golf à Saint-Nom-La-Bretêche, ce qui est important pour Joe et Maryse qui ont attrapé le virus de golf de leur ami et collaborateur Pierre Delanoë.

L'été presque fini, superbe série de photos à Tahiti pour la revue "Salut les copains" terminée, Joe revient à Paris. C'est 1973, le septembre. Maryse donne naissance à un petit garçon prénommé Joshua. Né prématurement, il ne pèse que 900 grammes et, malgré tous les éfforts des médecins, s'éteint 5 jours après.

Joe Dassin ne sera jamais plus le même. Le public, toujours amoureux de son idole, ne sait rien de la douleur qui détruit sa vie de couple et sa santé. Joe noie sa peine dans le travail. Il écrit un album pour Carlos, prépare son propre disque, revient à l'Olympia début 1974 et y fait un malheur, comme toujours, comme d'habitude, mais rien ne va plus comme avant. Le bel Américain qui voulait aider le monde à vivre est pris par une mélancolie noire, et il n'y a personne qui pourrait l'aider à vivre. À survivre. Ses amis, ses proches, ceux qui l'aiment, ils veulent bien, mais ils ne peuvent rien faire. "Si l'amour n'est plus qu'une habitude, ne me raconte pas ta vie, je la connais, ta solitude... " "Si tu t'appelles Mélancolie", la chanson presque biographique - et superbe - marque le grand retour de Dassin à la fin de l'année 1974. Tout semble facile pour lui, et toute la variété pleure encore de jalousie, sans savoir la douleur insupportable que Joe cache au fond de son coeur.

Printemps 1975, Joe fait quelques apparitions à la tele, dont "Numéro Un" de Maritie et Gilbert Carpentier avec, notamment, Carlos et Nana Mouskouri, et enregistre une reprise de la chanson italienne "Africa", intitulée en français "L'été indien". C'est un tube planétaire, un succès jamais vu par une chanson francophone. Super-vedette depuis longtemps, Dassin est désormais une star mondiale. Texte formidable écrit par Delanoë et Lemesle, bel arrangement de Johnny Arthey, la trompette de Pierre Dutour et l'interprétation de Joe font de cette jolie ballade un véritable chef-d'oeuvre classique. Pour Dassin, une période romantique commence. Les chansons écrites par deux auteurs-compositeurs italiens, Vito Pallavicini et Salvatore Cutugno, trouvent une vraie vie - tout le monde sait depuis toujours que ce sont pas les chansons qui ont fait Dassin, mais Dassin qui a donné la vie et la gloire aux nombreuses chansons qui - avant lui - n'intéressaient personne. Toujours éclectique, Joe enregistre avec cette panoplie de belles ballades d'amour plusieurs chansons d'origine différente, parfois humoristiques, parfois joviales. Ses albums des années 75-76 battent - à nouveau - les récords de ventes, ses apparitions télé battent les récords d'audience.

L'année 1977. 5 mai. Joe Dassin et Maryse Massiera demandent le divorce à l'amiable. Le couple ne s'est jamais remis de la mort du petit Joshua. Ensemble, ils ne pourront jamais oublier... Ils se quittent. Mais Maryse ne quittera jamais définitivement son amour - son "bébé", comme elle appellait Joe. Toujours dans l'ombre, elle reste en rélation avec sa famille (surtout avec Béatrice qui l'adore) et avec ses amis - Jacques Plait, Claude Lemesle, Carlos.

En janvier 1978, Joe épouse Christine Delvaux qu'il a rencontré en 1976 à Rouen où elle travaillait à la boutique de son père. 9 mois après elle lui donne le premier fils, Jonathan. Fou de joie, Joe se consacre entièrement au bébé, sa carrière est desormais au deuxième plan. Mais, même s'il est heureux d'être papa, sa vie avec Christine ne va pas. Sa santé non plus. Après avoir eu quelques alertes cardiaques, souffrant d'ulcère de l'estomac - la longue dépression après la perte du premier bébé, les tournées, les enregistrements, les problèmes familiaux ont épuisé cet homme qui incarnait la joie de vivre, - Joe demande le divorce le 23 mars 1980. Un jour après la naissance de son deuxième fils - Julien. Un long combat juridique commence - Joe veut absolument obtenir la garde de ses enfants qu'il aime énormément. Le 18 juin 1980 Joe Dassin obtient la garde provisoire de Jonathan et Julien. Il est heureux, soulagé, mais épuisé.

11 juillet : encore une crise cardiaque.

Août. À peine remis, Joe part à Tahiti avec ses enfants, sa maman Béatrice et son ami Claude Lemesle. Il affirme qu'il va beaucoup mieux, il a, tout simplement, besoin de se reposer. Claude, lui aussi, remarque que Joe a enfin retrouvé sa grande forme... Le 20 août, à midi, au restaurant "Chez Michel et Eliane" à Papéeté, Joe s'effondre. Infarctus.

"Et on s'aimera encore lorsque l'amour sera mort..." Ces paroles de son mégatube "L'été indien" sont désormais sur les lèvres de sa famille, de ses amis. De ses fans éplorés. Du monde de la musique qui a perdu une de ses plus belles voix.

Joe Dassin a laissé derrière lui un amour énorme - de ceux qui sont éternels. Comme Elvis (on l'appellait souvent Elvis Presley français), James Dean et les autres grands partis en pleine jeunesse, en pleine gloire, il n'est jamais oublié, donc toujours vivant. Il est de ceux dont on parle toujours avec amour et admiration - et grâce aux souvenirs de ses amis et de ses proches, la nouvelle génération de fans a découvert ce personnage pas comme les autres, l'homme merveilleux et le chanteur hors du commun. Et ses chansons, sa voix, son talent, sa charmante présence parlent toujours pour lui. Il voulait aider les gens À vivre, et il l'a fait si bien que sa propre vie sera éternelle.

© Jean-Claude Robrecht, 2005


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